J’avais toujours eu un ressenti très désagréable lorsque la densité d’êtres humains à proximité de mon entité physique dépassait un certain seuil. Seuil dont ma propre subjectivité était seule arbitre. Que ce soit une boite de nuit, une rue, une place, un lieu d’achat, un bureau ou autre, j’ai une tendance compulsive à me placer au lieu précis où la surface biologiquement vide puisse être personnellement acceptable (un cercle de deux mètres de diamètre environ , avec moi — ou moi et mes amis — comme centre).
En boite de nuit, lieu plus complexe en terme d’infrastructure, plus dense (mais l’atténuation sensorielle due à l’ivresse alcoolique atténue l’angoisse) je repère toujours les sorties de secours et calcule, dés mon arrivée sur le dancefloor, le chemin le plus rapide pour une extraction rapide et efficace du lieu –avant meme de regarder la population feminine, c’est une priorité suivante pour ma part — (cela fait plusieurs années que je n’y suis pas retourné, en boite).
Hier, une aventure très stressante m’est arrivé.
Après une journée de « travail », j’ai erré dans le centre commercial Carrefour. Je cherchais donc deux choses (et rien d’autre) : Un livre sur Adobe Première Pro CS5, et de l’alcool. Plutôt apaisé et frais (levé tôt, sans réveil, par le soleil et pas de consommation d’alcool la veille), je parcours la longue allée bordant la sortie des caisses, observant nonchalamment, comme à mon habitude, les enseignes qui se succèdent à l’opposé des caisses de la galerie (remarquant, sans grandes conclusions, qu’il y avait deux parfumeries, trois magasins de vêtements et aucune librairie – pour mon livre –).
Le portique antivol dépassé, une réaction physique inconnue dominait violemment mon corps et je crû, sur une longueur de quatre mètres, que j’allais m’effondrer (mais véritablement, le sol m’appelait).
Je n’ai connu la sensation d’évanouissement imminent qu’une seule et unique fois avant celle-ci en trente ans de présence humaine. C’était lorsque j’avais malencontreusement arraché deux ligaments et l’ossature associée de ma cheville droite, la douleur était si intense que j’avais du m’agripper à un réverbère pour anticiper la chute due à l’évanouissement prévu –et même les pires mélanges de drogues ne m’avaient pas donné cette sensation de malêtre,ni de chaleur, ni d’hallucinations si intensément mortelle – l’évanouissement ne s’était pas réalisé mais j’y étais très prés (c’est très étrange comme sensation et très désagréable).
A l’entrée de Carrefour la même sensation m’a absorbé. Pourtant, aucune douleur ne s’exprimait (cheville et reste du corps en place, pas de plaintes récentes). Mon cœur accéléra, mes mains tremblaient, la poitrine serré, mon visage se réchauffait, des courants électriques très faibles me parcouraient les joues et atteignaient la poitrine, des muscles bougeaient à fréquence élevée sur la zone du cou, ma vue faiblissait et le temps ralentissait (comme être bourré mais en « beaucoup moins sympa »). Ma respiration accélérait à mesure que je réfléchissait à la cause de ce mal –et je réfléchissait intensément –.
Supposant que la chaleur du magasin était trop élevée et responsable (ces derniers jours sont printaniers pour un mois de novembre, les lieux publics sont surchauffés, et moi sur-habillé), j’ai donc enlevé écharpe et veste, marchant pour ne pas sombrer (je supposais, empiriquement, qu’une diminution de mon inertie accentuerait le malaise) et j’ai continué ainsi. J’ai abandonné l’idée de trouver le livre — le rayon informatique était bondé, et par des personnes énormes, et molles, et sombres, et horribles, un vrai piège, et mes dents se sont serrées fortement).J’ai seulement acheté, en plus de la bière (de la Jenlain ambrée), beaucoup de bouffe immédiatement consommable (mortadelle, pain, pizza cuite et quatre croissants au beurre), en espérant qu’il s’agissait, pour ce malaise, seulement d’une expression physique due au manque d’énergie stockée (je n’avais pas mangé à midi, mais je le fais souvent).
J’ai erré ainsi, un peu titubant, avec une vision un peu trouble, des sons déstabilisants, des pubs, des prix, des produits, des cabas, des paroles et des cris, des gens tout autour, jusqu’aux caisses. Je voyais les gens avec des yeux énormes et noirs cobalt, et lorsqu’ils ne me regardaient pas je craignais qu’ils ne me bousculent et ne me fasse chuter.
Par principe je refuse l’utilisation de caisses automatiques, même si la queue est longue, je me place toujours à une caisse ou un être-humain y travaille, je refuse d’avoir à travailler pour Carrefour, je refuse que des caissières perdent leurs emplois sous prétexte de me faire gagner une minutes ou dix d’attente (attente souvent prolifique par ailleurs, elle permet de communiquer aux inconnues parfois, bref, c’est pas le sujet). Ici, le besoin physique de sortir au plus vite m’a contraint à délaisser mes principes.
Arrivé à ma voiture, je mange, 4 croissants, 2 portions de pizza, et une tranche de mortadelle dans du pain (je n’avais pas vraiment faim, mais je voulait au moins éliminer l’hypothèse du manque d’énergie, donc, gavage). Pas plus, j’allais beaucoup mieux en sortant du magasin déjà, et encore mieux en mangeant, je conclus donc facilement au manque d’énergie calorique comme cause principale.
Aujourd’hui, réveillé très frais (en fait, je n’ai pas bu les bières achetées la veille…) et très tôt, j’ai pris la décision d’aller acheter mon livre tant désiré mais à la FNAC, au centre ville à la pause repas.
Comble de l’horreur les mêmes symptômes se sont reproduit, malgré le repas déjà pris et se sont atténués un fois que j’avais trouvé l’ouvrage en question. Je m’imaginais mal sombrer à la FNAC, je m’imagine tout simplement pas « sombrer ». Pourtant, j’ai eu le même malaise, l’identique sensation de flirter avec le rebord d’un précipice et je sentais mon cœur palpiter au point de me dire personnellement : « je vais lâcher mec ! » — mes organes m’appellent “mec” lorsqu’ils me parlent –.
Ce soir, j’ai une soirée. Un truc avec des amis, et en bon invité, je me ramène toujours avec quelque chose à boire ou à manger dès lors que je suis invité. J’ai du retourner au Carrefour. Mêmes symptômes, même malaise, même malêtre. J’en parle avec humour, mais je le vis très très mal. Ce n’est physiquement pas acceptable. Si ce n’est que psychologique, j’ai en principe, par introspection de qualité et de longue date, ajouté à une grande capacité d’auto-suggestion, la force interne pour combattre le mal. Mais si ca s’avère permanent, je vais souffrir (j’avais besoin de ça en supplément vraiment ? Sérieux ?) . J’ai pris les résolutions qu’il fallait : Ne pas me renseigner sur l’agoraphobie (surtout pas sur le net). Ne pas essayer de trouver d’explications, et le cas échéant, laisser mon corps sombrer dans la folie ou l’évanouissement: Si il en a besoin, je me plierais à ses besoins, faut savoir faire preuve “d’auto-humilité”.
Je suis un agoraphobe réel, de niveau 2 , le niveau où le corps parle quand l’esprit ne demande rien ? ( ne cherchez pas le “niveau 2” de l’agoraphobie sur doctissimo.fr je viens de l’inventer avec ce texte et son titre)
Et Maintenant que je commence à me poser la question, ne va-t-elle pas être la réponse à tout, par simple auto-suggestion ? (ca ne me ressemble pas d’ailleurs , je suis et reste un bon scientifique: les faits en premier, la conclusion est légitime)
Vraiment…c’est bien moi ça : des maux disparaissent (j’ai réussi à me débarrasser de plusieurs allergies, eczéma, et douleurs chroniques en 10 ans — seulement en les supportant –) et de nouveaux maux apparaissent…et puis, je préférais quand un chat ou chien me faisait éternuer, en lieu et place d’une foule de consommateurs qui me fait sombrer dans l’inanition par sa seule présence.
Déjà que je n’allais pas très bien ces derniers temps, je ne désirais vraiment pas ca en plus.
Nous verrons bien.
Au prochain épisode : Le Géant Casino…(demain, j’ai des courses à faire)
