“- Je suis là, Ô Frères. Compatissant et généreux, j’accueille vos douleurs, les ressens, comme si elles étaient toutes miennes: à chaque petits cris émis, leurs sons étouffés atteignent la frontière de mon ouïe sensible.
- Je vous comprends, je vous pleure, je vois les gouttes de sang poisseuses couler sans discontinuer de vos plaies ouvertes, flot intarissable. Et je sais. Je sais que vous ne voulez pas lécher ces plaies, les pansements de fortune sont vos seuls remèdes, vos seules parades.”
L’homme est un concentré de haine et d’ignorance, dans toutes ses dimensions, toutes ses hiérarchies, de la cellule la plus discrète au neurone le plus respectable, la direction commune est vers la perte, vers la mort du voisin.Le prochain, pas plus que l’amour n’existent, il ne subsiste que le combat, et les cartes léguées au premier cri ne sont qu’un jeu d’armes distribuées injustement.
L’unique lien qui demeure dans l’union de l’humanité est et restera la souffrance, la seule monnaie, qui fait vibrer l’ensemble social à l’unisson et contribue à nous protéger d’une dévoration cannibale qui aurait déjà eut lieu aux premiers balbutiements de l’humanité. La souffrance, la difficulté, les larmes, la douleur, que l’on inflige ou que l’on reçoit, se trouvent être une monnaie, un bien virtuel, disponible dans un portefeuille de sentiments abstrait au demeurant palpable, en permanence et par tous, au premier jour, au premier cri.
Les parades appartiennent au corps des complexes, la réalité est d’une simplicité tristement accablante : Je dois souffrir, je ferais souffrir.
Le reste n’est que surface.
“- Tous, je vous aime. Je vous aime car je vous comprends. Je vous comprends bien mieux que la plupart. Je veux vous aider, mais je ne le pourrais jamais, je n’ai en moi que la force de vous expliquer.
- Les solutions: Je peux vous certifier qu’elles n’existent pas.
- Malgré cela, je compatirais toujours devant la peine perdue que vous mettrez dans vos recherches vers un Mieux.”
Je dois souffrir.
La négation (“je ne dois pas souffrir”) est une aberration, un mensonge immuable dont personne ne pourra se démunir, et dont peu d’entre vous sauront voir l’horreur qu’il subsiste à vouloir y croire.
Vous devez souffrir.
Car il s’agit là de l’unique but humain, l’objectif primordial que chacune de vos composantes cherche. Vouloir s’en extraire confine à la folie, y arriver est impossible. Les tentatives infructueuses d’optimisation des douleurs seront l’apanage des plus courageux.
Les plus courageux.
Ils feront de leur compréhension de la douleur un Bien, ce sera leur fondation, mais ils ne cesseront de s’observer impuissants à comprendre sans jamais pouvoir entreprendre : Toute entreprise allant à l’encontre de cette vérité sera auréolée d’Echec.
“- La ligne de l’Echec sera à l’arrivée de toutes vos courses. Les succès, Ô Frères de douleurs, je le sais, ne seront que des pansements supplémentaires sur vos plaies purulentes, et ajouteront un peu d’eau sur le sel brulant des ouvertures les plus à vif.
- Toute entreprise, aussi remplie d’optimisme qu’elle puisse être, sera la flamme originelle de vos brulures prochaines.”
Chaque entreprise dans le commerce des hommes se heurtera inexorablement et pathétiquement au mur résultant de l’incomplétude constitutive de la race humaine, ce vide est la séparation entre l’homme et l’espèce supérieure qu’il serait plus sage d’être (j’insiste bien sur “l’ in-utilisation” verbe « devenir »). La réalité de nos corps, interchangeables dans leur statut de marchandises et vraisemblablement stoppés dans l’Evolution, amène à la conclusion désastreuse qu’aucun changement n’est à attendre.
Depuis les premières altercations entre hommes des cavernes, jusqu’à la mise à mort contemporaine de son voisin, pour un téléphone, une voiture, une fierté ou une passion, il n’y pas eu, et il n’y aura aucun changement. A la différence d’évolution technologique près, c’est à dire l’accélération exponentielle des flux d’informations, les changements n’interviendront jamais.
Jamais.
“- Le premier cri, comme le dernier souffle, ne seront que les deux meilleurs moments d’une vie. Le temps qui les sépare, vous le savez, et je souffre de vous savoir l’entre-apercevoir, est L’Innommable.
- Ne pensez pas au delà de vous-même !
- Avouez-le ! Vous sentez l’incapacité intellectuelle se mêler à la futilité dans vos songes, vous les sentez appesantir votre corps et la douleur s’amplifier. Croyez-moi, autant que vous croyez au bonheur, c’est à dire plus qu’en vous et plus que tout !
- Etres imparfaits, claudiquant en perpétuel déséquilibre, voilà ce que la Nature vous offre : Le déséquilibre à l’origine de la supériorité des espèces: N’y-a-t’il pas là comme une contradiction ? Il sera utile d’en creuser la plaie et d’en écarter les chairs avec la lame froide du scalpel désespoir ultérieurement, Mes Frères.”
Le premier cri est le seul utile, l’unique joie. La fin s’approche dés cet instant, et je compte en faire part au travers de ce lieu d’expression numérique et planétaire.
“- Haïssez moi, ou aimez moi. Même le mépris sera une forme de gratitude, car je vous connais, je sais qu’au fond de vous tout est noir et vain. Je vous soutiens de tout mon cœur, Mes Frères.”
Nedjil

Lijden, prit, ensuite, la route du voyage….