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Rien ne me paraissait évident. Le vertige m’assaillait et la peur me tétanisait. Pourtant j’observais de très prés cette chèvre énergique d’un œil assez serein. Elle n’avait rien à faire ici, moi non plus, elle n’était qu’un élément de frayeur supplémentaire.
« Beee Beee ».
Je ne reculais pas, je déduis donc, sans trop de métaphysique complexe que « j’avançais ». Ce vide me pétrifiait, j’étais physiquement raide, mentalement figé. Je tremblais beaucoup, beaucoup trop, je ne maîtrisais plus mon corps, j’étais trahi par mon unique ami. Je le vivais sincèrement très mal. Trembler et être statufié: les contradictions envahissaient également le champ physique, outrepassaient mes limites de l’insupportable.
Le ciel, de sa couleur jaune, ne me donnait aucune impression, aucun sentiment ne pouvait traduire ma vision vraisemblablement altérée. Habituellement, la mélancolie ou le lyrisme m’attachaient dés lors qu’un paysage s’érigeant au centre de l’environnement observé suivait le parcours fléché de mes sens, intelligemment transmis de ma rétine jusqu’à ma cervelle déterminée. La chèvre faisait « beee beee », le lama se dandinait. Je ne l’avais pas vu tout ceci au départ, je ne voyais pas grand chose d’ailleurs. Un lama, c’est assez étrange: Un genre d’âne mais en plus esthétique.
Mes mains sont longues. Je pouvais toucher le sol en restant debout, je pouvais toucher le ciel d’un subtil mouvement de l’index. Un pouvoir nouveau, dans un registre beaucoup moins respectable, autorisait à me gratter toute partie du corps (le mien ou un autre) sans une once d’effort. J’ai mal. J’ai mal au bout du pied gauche (le pied droit va bien, soit dit en passant). J’ai mal mais je ne sais pas trop d’où la douleur tire son énergie. Ce ciel jaune est une chose acceptable. J’en avais assez du bleu. Je me suis cogné, j’ai mal. J’ai la douleur, j’ai l’impression de cette douleur, mais je n’en aperçois rien…J’ai un hématome, bleu violacé très joli, j’ai la chair meurtrie et mécaniquement : Les rouages suivent leurs progressions.
Ça tourne, ça tourne, ça tourne.
Un poil me gène. Il me dérange. Il n’a rien faire ici. Il m’agace. Je n’étais pas préparé. Mais le lama me fixe, la chèvre s’est barrée. Et moi: j’ai peur.
Ce vide n’a rien à faire ici ! Il me veut du mal, je n’ai pour lui qu’un sentiment de dégoût et de haine profonde. Mais quel bruit peut me réveiller ainsi ? Quel choc physique issu de ce monde réel venu jusqu’à mon ouïe sensible possède ce pouvoir de gêne irrespectueux de mon repos  ? Le lama, il commence à me faire chier. J’ai cogné un mur, j’ai la main en sang. J’avais une envie de mourir, mais je n’ai seulement donné qu’un membre à la mort. J’ai cogné un mur. Le mur, contrairement au lama, n’a rien dit. Il n’a rien fait d’ailleurs. J’ai mal un peu, j’ai un peu mal, mais surtout :un peu partout.

J’ai une dette, j’ai un vertige, j’ai peur et j’ai froid.
J’ai un ou plusieurs animaux à proximité, un crapaud, soudainement apparu, laisse poindre le bout de sa chair humide et poisseuse (quoique, je ne l’ai pas touché…Je m’avance beaucoup concernant le jugement que je lui porte).
Il est moche, il est petit et gras…Il s’approche, il n’a aucunement peur lui. Il arrive à me faire fuir. Et je suis bien plus haut, bien plus en l’air et j’ai encore bien plus de craintes. Je crois, et loin de moi l’idée d’accentuer la sensation, que je souffre sans trop savoir l’exprimer. Il arrive depuis le ciel jusqu’à mon entité physique (ainsi que de mes comparses lama, crapaud et chèvre) des flocons. Des flocons quantiques. Je ne détermine rien de visuellement explicable en eux. Un métal mêlé de gaz les compose, ou bien, un liquide mêlé de cendres. Comble de la déception: Ils ne sont aucunement doté de la faculté de m’éblouir. Ils tombent, ternes et froids (mais je ne ressens pas leurs températures, donc ils ne sont même pas froids: La frustration tombe du ciel).
J’ai essayé de parler à un arbre.  Cet arrogant s’est gentiment dandiné de la richesse de ses feuilles, quel hautain, quel connard. La prochaine fois, je m’abstiendrai.

« Vous me convoquerez l’accessoiriste et le décorateur. Ha oui ! Tant que j’y pense ! Je veux voir également dans mon bureau les responsables synaptiques.
- Oui chef ?
- On ne peut décemment pas continuer comme ça. Chacun y va de sa fantaisie, et ça commence à sérieusement manquer de discrétion. Une chèvre, passe encore : ça reste dans la limite du crédible, mais enfin : cette débauche polychrome, et je ne parle même pas des animaux exotiques, là, sérieusement : ça va commencer à se voir !
C’est une nouvelle mode, de tiédir ainsi les sensations ? De jouer du piston à trouille ? Est-ce que vous vous rendez compte que ces choses là doivent être dosées des plus savamment, sous peine de voir le sujet s’évaporer ? Il ne manquait plus qu’un serpent, trois araignées et un chien enragé, et on avait la totale ! Vous êtes des irresponsables, de sales gosses à qui on a confié des outils trop élaborés pour eux ! Des égoïstes à mille lieues de la responsabilité !
Je ne suis pas content, mais alors : pas content du tout ! Des millénaires que nous passons inaperçus, et voilà qu’une bande de drilles se décide à jouer à l’humour potache ! C’est pourtant une affaire sérieuse, que la nôtre ! Si chacun y va de sa petite idée imaginative, nous aurons sous peu des oiseaux du paradis qui jacasseront sur des pruniers géants sur fond de ciel vert et ç’en sera définitivement fini de notre réputation de rigueur et de sérieux !

Au fait ? Où est le responsable des symboles ? Le seul qui continue à faire son boulot sérieusement : à croire que de nos jours seuls les vieillards savent encore travailler proprement.
Je vais être très clair : le prochain qui ne joue pas le jeu, je l’expulse de la partie et il devra se trouver une autre équipe. Et les places ne courent pas les rues ! Retournez tous au boulot, et plus de blague cette fois ci ! Reprenez les bases, les fondamentaux, et trêves de psychédélisme hâtif ! Rompez ! »

Dans la filmographie de l’espèce humaine, l’ensemble des productions artistiques dont un génie fait office d’élément crucial de la distribution des rôles, peu importe sa forme extérieure, qu’ils vivent dans une lampe ou issus des enfers, ce génie rencontre un personnage stupide ayant gagné le ticket sans grattage à triple chance et qui se trouve confronté au choix crucial des vœux à formuler.
Hors mis les quelques feintes faciles et les vœux gâchés, la conjuration de ces imbéciles sans imagination se voit indubitablement sombrer dans une hésitation débile et convenue entre argent, sexe et amélioration physique -un nez, des abdos, une bite- (vous me direz de vos grandes bouches de psychologues auto-proclamés et géniaux: “mais Nedjiiiiiil t’exagéééres ! Puis c’est normaaaal, c’est la baaaaase de l’humanité, la richesse, le pouvoir, les femmes toussa toussa”.
Je m’excuse (non, en fait je ne m’excuse pas), posséder la possibilité d’exaucer trois vœux n’élimine en rien la potentialité d’une prise de recul et d’une réflexion salutaire…(puis je vous emmerde, j’écris ce que je veux.)

Au creux de mon lit gigantesque, un soir (un samedi certainement), probablement sous emprise d’une drogue quelconque, je me suis surpris d’étonnement car j’avais enfin trouvé la réponse à l’une (des innombrables) réflexions solitaires qui parcourent mes neurones solitaires et défoncés (habituellement, je n’ai que des questions, et sans conclusions, je navigue d’une question à l’autre jusqu’à ce que l’alcool m’invite au sommeil) : Je lui demanderais donc le pouvoir d’invisibilité à cet enculé de génie !!!
(et la possibilité d’inverser ses effets à volonté….évidemment, je ne suis pas débile).

Ceci permet d’être vainqueur inégalé sur tout les fronts de bataille de la vie moderne :

L’argent

Il devient dés lors inutile puisque toute forme de nourriture, toute habitation vide, toute destination me sont immédiatement accessibles. Le lit vide du bientôt livide Sarkozy (cf dernier paragraphe)  peut très bien faire office de couchage (si tel était mon désir, mais je n’en rêve pas, sauf peut être pour pisser dedans), les A380, les yachts le plus prestigieux, les plus beaux hôtels, la meilleure nourriture des plus grands restaurants, (les meilleurs vins huuuuum) tout ceci serait en ma possession, à l’instant, puisque disponibles à l’étalage et personne pour m’interdire le vol (voler des enculés ne m’a jamais gêné moralement)…La vie comme un marché géant et gratuit, à vie.

Les femmes:

J’imagine aisément l’impression d’être unique pour une femme d’accéder à la possibilité de se voir séduite par un homme invisible…je parie aussi qu’il doit certainement s’agir là d’un fantasme facile à présenter, facile à vendre: baiser avec l’homme invisible (qui est un bon coup en plus).
Plus pernicieusement, j’ai le pouvoir de me transformer en l’âme de telle ou telle personne, faire vivre le film Ghost à la femme perdue d’amour pour un amour perdu: Je serais ton homme (invisible) ma chérie.
Plus que tout, je pourrais, dés lors que toute marchandise, de la plus belle, à la plus chère, est à ma disposition immédiate (y compris les liasses du pognon de Bill Gates), couvrir de cadeau une femme stupide, me taper les plus grosses bombasses de la planète…Personne ne refuse un cadeau, encore moins plusieurs cadeaux, surtout quand ils sont hors de prix: “Tenez chère Rihana, voici pour vous une sublime bague dont la beauté des pierres serties sur cet alliage si doux ne sauraient égaler la lueur divine de vos yeux étincelants. Elle vous siérait à merveille au volant de la Bentley  d’édition limitée aux lignes spécialement étudiées pour combler de plaisir l’immense qualité de vos jugements esthétiques. Cette voiture vous attend, avec son chauffeur, sur le parking…(mais d’abord, soyons clair: On baise)”

Le monde entier:

Il me sera aisé de pénétrer toute structure confidentielle du monde moderne: de l’Élysée à la Maison Blanche, en passant par le dîner du Siècle…J’aurais mon carton d’invitation invisible pour laisser passer l’homme que l’on ne voit pas. Attention, petit bémol…les cameras thermiques pourraient être un danger, les sas à place unique aussi, mais j’imagine mal une flopée de ministre entrer en rang d’oignons dans une salle de réunion…Glissé (comme une quenelle) entre Attali et Bhl, je devrais facilement passer inaperçu aux détecteurs infrarouges. Ce bémol passé, une fois sorti de ces réunions j’aurais en ma possession de quoi bouleverser l’ordre du monde, Wikileaks serait rangé au statut de fanzine pour ado bilingue, Mediapart une usine à clown, Le Point un bon papier cul (ou une cale pour un meuble bancal, votre anus mérite tout de même mieux). Fini les mensonges, fini les conneries, les vérités les plus graves de ce monde seraient en accès libre…
“Ha ha ha ! j’vous ai bien niqué les mondialistes là ! Bande de trous du cul. “
Deuxième bémol: la diffusion de ces informations pourrait être un danger. L’invisibilité technique, physique, ne m’efface pas pour autant de l’état civil, ni mes empreintes, ni mon adresse ip, ni mon ADN. Il me faudra donc un temps de réflexion pour déterminer une stratégie de diffusion massive et unique, mais j’aurais le temps devant moi, posé dans le jacuzzi d’un Hôtel Ritz quelconque, avec Rihanna et Béyoncé (un trio pour cette soirée là), une vodka de grand luxe, j’aurais l’imagination nécessaire  et la serenité optimale pour déterminer la méthode la plus efficace de diffusion de masse.
J’aurais un Death Note amélioré tout compte fait.

Fini le travail, fini les ordres et les obligations…Mon invisibilité en poche, je deviens le super héros le moins balaise de l’histoire Marvel, un super héros avec du bide (et arabe en plus).

Tremblez jeunes gens, moins jeunes, femmes et hommes, dirigeants et esclaves !

Je vais changer le monde !!!
(Dés que je trouve le génie)

– Substitutions

Demain je prendrais le temps d’acheter « les chants de Maldoror ».
Aujourd’hui, j’ai fais l’effort de rencontrer un médecin.

Hier, je me disais qu’il était urgent de réussir les deux choses précédemment citées.

J’accomplis deux buts sur une seule semaine, c’est suffisamment respectable pour pouvoir être noté.

Je substitue ma violence constitutive par l’auto-destruction la plus efficace.
Je casse quelques énergies. Je les diminue et les rend prolifiques.

Je remplace une chose par une autre, je suis remplacé, je suis une chose au milieu d’autres.

Je suis, au mieux, un temps, un espace et un corps à côtoyer.

Je suis, au pire, une pensée, une non-linéarité acquise à la cause du malheur.

Je suis, je le dit pourtant, peu enclin à l’humain.
Je suis, je le dit souvent, trop sensible et trop humain.

D’Une chose l’une,
Soit, je suis trop.
Soit, je ne suis,
Pas assez.
D’une chose à l’autre,
Je suis « environ » moi.
Je substitue quand bon me semble,
Et parfois, j’ajoute,
Quand bon me semble.

J’avais toujours eu un ressenti très désagréable lorsque la densité d’êtres humains à proximité de mon entité physique dépassait un certain seuil. Seuil dont ma  propre subjectivité était seule arbitre. Que ce soit une boite de nuit, une rue, une place, un lieu d’achat, un bureau ou autre, j’ai une tendance compulsive à me placer au lieu précis où la surface biologiquement vide  puisse être personnellement acceptable (un cercle de deux mètres de diamètre environ , avec moi — ou moi et mes amis — comme centre).
En boite de nuit, lieu plus complexe en terme d’infrastructure, plus dense (mais l’atténuation sensorielle due à l’ivresse alcoolique atténue l’angoisse) je repère toujours les sorties de secours et calcule, dés mon arrivée sur le dancefloor, le chemin le plus rapide pour une extraction rapide et efficace du lieu –avant meme de regarder la population feminine, c’est une priorité suivante pour ma part — (cela fait plusieurs années que je n’y suis pas retourné, en boite).

Hier, une aventure très stressante m’est arrivé.
Après une journée de « travail », j’ai erré dans le centre commercial Carrefour. Je cherchais donc deux choses (et rien d’autre) : Un livre sur Adobe Première Pro CS5, et de l’alcool. Plutôt apaisé et frais (levé tôt, sans réveil, par le soleil et pas de consommation d’alcool la veille), je parcours la longue allée bordant la sortie des caisses, observant nonchalamment, comme à mon habitude, les enseignes qui se succèdent à l’opposé des caisses de la galerie (remarquant, sans grandes conclusions, qu’il y avait deux parfumeries, trois magasins de vêtements et aucune librairie – pour mon livre –).
Le portique antivol dépassé, une réaction physique inconnue dominait violemment mon corps et je crû, sur une longueur de quatre mètres, que j’allais m’effondrer (mais véritablement, le sol m’appelait).
Je n’ai connu la sensation d’évanouissement imminent qu’une seule et unique fois avant celle-ci en trente ans de présence humaine. C’était lorsque j’avais malencontreusement arraché deux ligaments et l’ossature associée de ma cheville droite, la douleur était si intense que j’avais du m’agripper à un réverbère pour anticiper la chute due à l’évanouissement prévu –et même les pires mélanges de drogues ne m’avaient pas donné cette sensation de malêtre,ni de chaleur, ni d’hallucinations si intensément mortelle –  l’évanouissement ne s’était pas réalisé mais j’y étais très prés (c’est très étrange comme sensation et très désagréable).

A l’entrée de Carrefour la même sensation m’a absorbé. Pourtant, aucune douleur ne s’exprimait (cheville et reste du corps en place, pas de plaintes récentes). Mon cœur accéléra, mes mains tremblaient, la poitrine serré, mon visage se réchauffait, des courants électriques très faibles me parcouraient les joues et atteignaient la poitrine, des muscles bougeaient à fréquence élevée sur la zone du cou, ma vue faiblissait et le temps ralentissait (comme être bourré mais en « beaucoup moins sympa »). Ma respiration accélérait à mesure que je réfléchissait à la cause de ce mal –et je réfléchissait intensément –.

Supposant que la chaleur du magasin était trop élevée et responsable (ces derniers jours sont printaniers pour un mois de novembre, les lieux publics sont surchauffés, et moi sur-habillé), j’ai donc enlevé écharpe et veste, marchant pour ne pas sombrer (je supposais, empiriquement, qu’une diminution de mon inertie accentuerait le malaise) et j’ai continué ainsi. J’ai abandonné l’idée de trouver le livre — le rayon informatique était bondé, et par des personnes énormes, et molles, et sombres, et horribles, un vrai piège, et mes dents se sont serrées fortement).J’ai seulement acheté, en plus de la bière (de la Jenlain ambrée), beaucoup de bouffe immédiatement consommable (mortadelle, pain, pizza cuite et quatre croissants au beurre), en espérant qu’il s’agissait, pour ce malaise, seulement d’une expression physique due au manque d’énergie stockée (je n’avais pas mangé à midi, mais je le fais souvent).
J’ai erré ainsi, un peu titubant, avec une vision un peu trouble, des sons déstabilisants, des pubs, des prix, des produits, des cabas, des paroles et des cris, des gens tout autour, jusqu’aux caisses. Je voyais les gens avec des yeux énormes et noirs cobalt, et lorsqu’ils ne me regardaient pas je craignais qu’ils ne me bousculent et ne me fasse chuter.

Par principe je refuse l’utilisation de caisses automatiques, même si la queue est longue, je me place toujours à une caisse ou un être-humain y travaille, je refuse d’avoir à travailler pour Carrefour, je refuse que des caissières perdent leurs emplois sous prétexte de me faire gagner une minutes ou dix d’attente (attente souvent prolifique par ailleurs, elle permet de communiquer aux inconnues parfois, bref, c’est pas le sujet). Ici, le besoin physique de sortir au plus vite m’a contraint à délaisser mes principes.
Arrivé à ma voiture, je mange, 4 croissants, 2 portions de pizza, et une tranche de mortadelle dans du pain (je n’avais pas vraiment faim, mais je voulait au moins éliminer l’hypothèse du manque d’énergie, donc, gavage). Pas plus, j’allais beaucoup mieux en sortant du magasin déjà, et encore mieux en mangeant, je conclus donc facilement au manque d’énergie calorique comme cause principale.

Aujourd’hui, réveillé très frais (en fait, je n’ai pas bu les bières achetées la veille…) et très tôt, j’ai pris la décision d’aller acheter mon livre tant désiré mais à la FNAC, au centre ville à la pause repas.
Comble de l’horreur les mêmes symptômes se sont reproduit, malgré le repas déjà pris et se sont atténués un fois que j’avais trouvé l’ouvrage en question. Je m’imaginais mal sombrer à la FNAC, je m’imagine tout simplement pas « sombrer ». Pourtant, j’ai eu le même malaise, l’identique sensation de flirter avec le rebord d’un précipice et je sentais mon cœur palpiter au point de me dire personnellement : « je vais lâcher mec ! » — mes organes m’appellent “mec” lorsqu’ils me parlent –.

Ce soir, j’ai une soirée. Un truc avec des amis, et en bon invité, je me ramène toujours avec quelque chose à boire ou à manger dès lors que je suis invité. J’ai du retourner au Carrefour. Mêmes symptômes, même malaise, même malêtre. J’en parle avec humour, mais je le vis très très mal. Ce n’est physiquement pas acceptable. Si ce n’est que psychologique, j’ai en principe, par introspection de qualité et de longue date, ajouté à une grande capacité d’auto-suggestion, la force interne pour combattre le mal. Mais si ca s’avère permanent, je vais souffrir (j’avais besoin de ça en supplément vraiment ? Sérieux ?) . J’ai pris les résolutions qu’il fallait : Ne pas me renseigner sur l’agoraphobie (surtout pas sur le net). Ne pas essayer de trouver d’explications, et le cas échéant, laisser mon corps sombrer dans la folie ou l’évanouissement: Si il en a besoin, je me plierais à ses besoins, faut savoir faire preuve “d’auto-humilité”.

Je suis un agoraphobe réel, de niveau 2 , le niveau où le corps parle quand l’esprit ne demande rien ? ( ne cherchez pas le “niveau 2” de l’agoraphobie sur doctissimo.fr je viens de l’inventer avec ce texte et son titre)
Et Maintenant que je commence à me poser la question, ne va-t-elle pas être la réponse à tout, par simple auto-suggestion ?  (ca ne me ressemble pas d’ailleurs , je suis et reste un bon scientifique:  les faits en premier, la conclusion est légitime)

Vraiment…c’est bien moi ça : des maux disparaissent (j’ai réussi à me débarrasser de plusieurs allergies, eczéma, et douleurs chroniques en 10 ans — seulement en les supportant –) et de nouveaux maux apparaissent…et puis, je préférais quand un chat ou chien me faisait éternuer, en lieu et place d’une foule de consommateurs qui me fait sombrer dans l’inanition par sa seule présence.

Déjà que je n’allais pas très bien ces derniers temps, je ne désirais vraiment pas ca en plus.
Nous verrons bien.

Au prochain épisode : Le Géant Casino…(demain, j’ai des courses à faire)

Depuis longtemps dépassé, il est simple de le sonder. Non sans douleurs, la plus acrobatique restant le “retournement de tête” vers le passé, le point de non retour est une singularité antérieure de la fonction vie(temps).

Accumulation d’échecs et de déceptions. Unique et maigre récompense: une connaissance accrue de soi-même — une connaissance logiquement pitoyable, une connaissance inutile, donc — .
Spirale de la perte. Une chute vertigineuse qui passe du regret viscéral et acide de la naissance à la haine de vos géniteurs, de la vie à l’abjection de ce conglomérat de chances métaphysiques qui permettent de penser tout ce Mal. “La capacité de penser” me dégoute.

J’ai parfois des moments où mes « moi(s)» parlent en vers.

Fifi“J’ai toujours affirmé qu’il ne fallait pas,
Une fois à l’aise, dépasser le trio qui nous compose
La fine frontière sociale sépare l’erreur du trépas,
Alcool drogues et musiques suffisent à la prose.”

Nedjil : “Évidemment ! Quoi de plus facile !
L’avis d’un défoncé qui récupère ses esprits !
Effort moindre que gerber sa propre bile !
Actions faites, les pertes sont subies.
Et les jugements facilement circonscrits !”

Sofian : “Rejetés nous avons toujours étés et nous demeurerons,
Pourquoi vouloir détailler causes et conséquences ?
Un défouloir, une sentence, les humains plieront,
Le courage, le vol, le mensonge, seront nos lances !”

Je prie parfois (malgré ma conviction d’athée), pour qu’un accident survienne, un accident violent.  Qu’il me rende totalement débile et constamment souriant (rien à branler des bien-pensant).
Je souhaite de tout mon cœur être paraplégique, myopathe, aveugle, sourd, muet et ne voir qu’un plafond, pour le reste de ma vie — et aveugle, ne voir qu’un plafond noir –. Sidaique, aphasique et pauvre. Je ne souhaite que le repos.
Je ne souhaite qu’un avant goût de mort.

C’est choquant ?

Reprenons plus haut et transposons les mots, surtout, transposons les désirs, plus acceptables :

Je ne souhaite que réussir, avoir beaucoup d’argent, ne plus craindre le lendemain, avoir, femme et enfant, je souhaite par dessus tout que chaque seconde qui puisse venir soit plus riche que la précédente, un bonheur accumulé substantiel, que l’heure d’après soit un bonheur d’autant plus jouissif, que je puisse, pour chaque découpage temporel possible, établir un constat de plénitude.
Je souhaite ne plus jamais avoir à souffrir et par conséquent, ne plus jamais avoir à demander ni à offrir. Je souhaite être milliardaire, et ne ne manquer de rien. Je souhaite être un gros enculé.

Des deux visions, des deux souhaits, lequel est respectable ?

Aucun, les deux, le mien ?

Perso, je m’en branle. Je ne suis ni un enculé, ni un suicidaire…ce qui explique qu’en cas de non-retour, j’irais toujours plus loin, et loin, c’est un endroit que je ne connais pas…

La difficulté d’un mâle n’est pas vraiment son besoin de domination “supposé” mais cette pulsion naturelle de ne pas être une femme,  se disant : “Elle est, en principe, ce que je n’ai pas”.

Je ne souhaite de mal à personne. Suis-je débile ? Car je souhaite aussi le mal à tous. A moi en premier lieu.

Ce qui semble le plus visible, malgré sa légitimité visuelle, n’est pas à observer.

La pudeur perdra toujours les gens les plus respectables. Ils le savent mais se taisent : au moins par pudeur.

Dieu et moi…deux solitaires qui auront tout raté: Lui l’humanité, et moi, ma vie.

Existerait-t-il une direction commune dans les spirales de la déchéance ?

Suis-je Dieu ? Et pourquoi pas ?

La création ne se résume pas au produit. Ce qui doit être présentable et présenté est essentiellement une validation des qualités que l’on donne à celui qui crée…pourtant, seuls les actes et faits comptent. Alors, une dose de savoir vivre sera utile pour, si ce n’est complimenter, évincer le créateur. La vie est faite ainsi.

La première des frustrations est l’incomplétude des actes relativement mesurés aux sens. Pour mon bonheur Beethoven existe, il comble ce mal dramatique et commun : l’humain.

La mort ne m’effraie pas. Y penser qui m’effraie.
Aucune crainte d’une quelconque perte mais peur d’une douleur dont aucune abstraction ne puisse faire image…image de l’abandon de ma chère imagination.

Le cerveau trop puissant fonctionne un peu comme une trop gourmande bite…il faut savoir les vider, sinon les satisfaire dans leurs demandes de plaisirs immediats.

Aimer n’est ni trop donner ni trop recevoir…c’est évidemment : rendre heureux, rendre plus heureux que soi.
Dés lors naissent : contradictions, mensonges, douleurs, folies et j’oublie (volontairement) le pire.

Les femmes qui ont souffert aiment faire souffrir (et souffrir). C’est ainsi que leur identité se crée: par la douleur.
Il existe un autre  de l’autre coté, un homme…un futur souffrant.

Ne pas accepter le monde mais le vivre est déjà une chose. Ne pas le vivre en est une autre autrement plus grave….puis les fantômes errent patiemment au centre, ils sont ainsi, flottants, sales et puants ectoplasmes…

Mourir n’est pas simple…faites moi confiance : J’ai essayé.

J’
aimerais que  Dieu puisse exister. J’aimerais que tout soit vrai dans les textes, sincèrement.

P
ourtant je note des coïncidences hors normes, des hasards dignes d’un roman incroyable. Existerait-il un lien inconnu entre biologies existantes ?
Je pense que c’est tout à fait probable, au moins hypothétique (parole de scientifique).

A
imer.
J’aime une personne: bien au delà la sensation reliée.
J’arrive à haïr le sentiment également:  rarement la personne.

La principale difficulté de charmer sans mentir: La masturbation en conséquence.

L
e féminisme à eu quelques résultats : Les femmes sont devenus des hommes, les hommes sont devenus des femmes.
Et ceux qui suivent leurs instincts sont dramatiquement frustrés…dramatiquement.

Créer c’est être sur et fier. Une fierté sans création relève du mensonge, de la publicité.

Acquérir c’est déjà détruire.

Partie 1 : Dernière ligne courbe

« S’installer dans une impasse et revenir de loin » (Lucio Bukovski)

Je suis muté finalement. Ces trois années aixoises ne furent que le parcours lent du chemin bosselé au gradient faible vers la reconstruction de l’édifice psychologique et financier à élever sur des fondations pourries, vestiges d’un 11 septembre sentimental. Attendant patiemment qu’une mutation salutaire puisse un jour se présenter au terme de cette promenade parcourue malgré moi. Ce « malgré moi » est ridicule. J’avais longuement contemplé l’abysse qui m’attendait, feignant d’ignorer par optimisme naïf et fierté débile le vertige naturel qui me caractérise, un auto-mensonge qui se résume facilement ainsi : j’ai agis comme un gros con.

Mon nouveau poste est grenoblois. Il devait l’être. L’espace d’expression de mes compétences d’ingénieur sont circonscrites à une zone géographique extrêmement précise, quelques villes en France : Aix-en-Provence ou Paris ou Grenoble ou Toulouse ou Nice (le reste du monde aussi, mais il ne m’attire pas). En trois ans j’ai établi une petite vérité: toute cité française, n’importe laquelle, est bien meilleure qu’Aix-en-Provence.

Aix, cette horreur structurelle qui revendique indignement le statut de « ville d’art et d’eaux » fut la prison à ciel ouvert de cet égarement, de cette petite mort triennale. De plus, Grenoble compte parmi ses citoyens deux de mes meilleurs amis, ce changement s’avérait donc être un élément du corps des réels à ajouter à l’espace non-prédictible et non-borné des « bonnes nouvelles ».

Lundi débutait mon nouveau travail. Le vendredi qui précédait une amie m’appelle pour venir passer le week-end à proximité de Grenoble, dans les montagnes, à l’air libre, au coin d’une cheminée. J’ajoute aussi à mon portefeuille de postulats d’éléments de simplification organisationnelle: La société pour laquelle je me prostitue compte louer un hôtel pour moi, et ceci pour la durée d’un mois à compter du lundi, ce qui présageait un excellent week-end suivi d’une entrée en matière pour un renouveau professionnel, géographique et social simplifié…une agréable mutation…Je partais donc « guilleret ».

Suite à un Samedi mal organisé, mon départ programmé initialement à 16h fut décalé vers 18h30. Aix-en-Provence-Grenoble, trajet habituel et bien organisé: des bières, de la musique et des clopes. Mon téléphone sonne après une heure trente de route. Mes hôtes se demandent où je peux bien me situer. Je n’ai plus de batterie sur mon téléphone, j’ai seulement la capacité, en terme d’autonomie de batterie du cellulaire, de préciser qu’il me reste 1h30 de distance (ou à 130 km de durée), un retard conséquent donc. N’ayant pas les moyens de charger ce smartphone qui ne possède d’intelligence que son petit nom anglicisé, je continue ma route, privé de moyen de communication moderne (il me restait les signaux de fumée et le porte-voix…à la limite).

Le col précédant la ville de Valence est une zone très froide et très venteuse. Les gouttes de pluie ne sont ni de la neige ni de le l’eau liquide. Confortablement installé dans ma C5 au chauffage poussé à fond, accoudoir, son en bluetooth, mes enceintes crachent du rap lyonnais fraichement découvert au maximum de décibels possibles, assourdi, un petit peu soul, rappant à l’exacte syllabe de mes rappeurs favoris, jubilant d’arriver à accompagner leur lyrics sans bafouer, geste de gansta-rap d’une main tenant la clope, le volant maintenu de l’autre, tout va bien, tout va très bien.

Voici que l’inhumain ordinateur de bord de ma voiture décida d’exprimer quelques communications numériques. Certainement jaloux de ne pas participer à la bonne humeur ambiante, fatigué de n’avoir rien à dire d’autre que l’heure et « fait le plein » ou « met ta ceinture », original, il me sort, sans trembler du cristal liquide : « vérifier charge batterie ». Genre d’originalité dont je me passerais volontiers.

Bon résumons. Je suis un petit peu bourré. Je suis de très bonne humeur. Je suis également hautement diplômé en sciences physiques avec une très bonne formation en électrotechnique. Je réfléchis donc: observations, historique, interpolation des mesures, théories probables, conclusions, observation des conclusions et convergence vers un paradigme.

Observation numéro 1 : Le voltmètre de mesure instantané de tension de la batterie sur mon tableau de bord penche sur le zéro. Pourtant ma voiture fonctionne toujours. Observation (postulat) numéro 2 : Un diesel ne nécessite pas d’énergie électrique pour entretenir le régime moteur. Contradiction au postulat 2 : Les calculateurs sont très sensibles aux variations de tension. Supposant que la batterie sert aussi de régulateur en tension en sortie de l’alternateur. Conclusions (probabilités): Une cosse de la batterie a bougé (très optimiste), les capteurs ont lâchés (optimiste), la courroie d’alternateur a lâché (c’est déjà beaucoup moins cool), l’alternateur a lâché (et là je suis vraiment dans la merde).

Je m’arrête. Je pisse (bière oblige). Je soulève le capot. Les cosses de la batterie sont en place, la courroie est toujours dans son état initial et fournit son travail de transmission d’énergie du moteur à l’alternateur. Perdu au milieu de la Drôme (je crois) je continue ma route pariant (sans convictions) sur une défaillance de capteur ou du calculateur. Je travaille dans le domaine et j’imagine largement les faiblesses intellectuelles des ingénieurs stupides ayant pris en charge les développements des programmes d’avertissement de l’utilisateur final (les ingénieurs, dans l’ensemble, sont des cons…je le sais, j’en suis un).

Vingt minutes passent. Quelques freestyles de rap aussi. Ma voiture est devenue folle. Commençant par communiquer avec moi par quelques menaces très brèves et saccadées mais très agressives Bip ! « Anomalie air bag » Bip ! « Anomalie freinage » Bip ! « Anomalie anti-vol électronique ». Trois alertes en boucles. Le pauvre Nedjil, passablement « biérisé » et de bonne humeur, lit avec stupeur (et tremblements ?) ce que la ferraille motorisée éructe avec un Bip ! à l’introduction de chaque message (une voiture, ca fait « bip » et ca écrit…pas plus).

Nedjil implore donc : « Vas y, fait pas ta pute, c’est pas le moment là….s’il te plait, je suis heureux, pas maintenant ».

Une seule réponse : Bip ! « Anomalie freinage ».

« Sale pute de bagnole de merde ! ».

Puis s’en est suivi un ensemble de comportements flippants. Mes vitres se sont baissées, puis mon autoradio change tout seul de mon rap à France Info, puis au C.D., puis s’éteint et se rallume. Mon compteur de vitesse tombe à zéro, et mes phares s’éteignent (sur une autoroute non-éclairée à 21h), puis se rallument, puis mon éclairage intérieur s’allume, puis s’éteint, et clignote…Ma voiture est possédée.

Une aire d’arrêt d’autoroute se présente. J’y pénètre au volant de ce char électriquement affolé. J’éteins le moteur. Ce n’était pas l’aire d’autoroute paisible avec un Total, du café, des livres, des clopes, d’autres humains et des chiottes…non, c’était la version d’été, la pourrie, celle avec des chiottes, de l’eau et….c’est tout. Seul, au beau milieu de nulle part, je retourne à ma voiture, clef à la main, tremblant d’imaginer la suite (qui allait bien évidemment arriver).

La voiture ne démarre pas. Il ne se passe rien. Je suis seul, sans téléphone, sans chauffage, au milieu de la Drôme (ou de l’Isère, je ne sais même pas), avec un tas de ferraille au bout d’une clef de contact, il fait 3 degrés.

La borne d’appels d’urgence est à proximité, je vais user pour la première fois de ma vie de cette infrastructure de communication, sans aucun remords d’ailleurs, considérant que les centaines d’euros dépensés pour ces autoroutes jusqu’à présent étaient aussi vouées à financer ce service.

-« Oui, bonsoir m’sieu, je suis en panne sur l’aire xxx, je n’ai plus de batterie »

-« Ok, vous avez quoi comme voiture ? »

-« Un 2.0L hdi, Citroën, il me faut une batterie ».

-« Je vous envoie quelqu’un, rien ne dit qu’il aura une batterie »

-« Ce serait bien cool quand même, qu’il en ait une »

-« Enfin, attendez ¾ d’heure il est en intervention »

-« ¾ d’heure !!? Bon, ok, merci m’sieu, bonne soirée à vous ».

Bon, tout seul, dans un endroit vide, avec une voiture remplie de richesses matérielles (ordinateurs et autres éléments trop chers et cibles du recel), je me sentais largement vulnérable. Je pariais tout de même, statistiquement, sur le fait qu’il n’y avait que peu de chance que la moindre raclure de voleur ne vienne me rejoindre dans ce lieu précis à ce moment précis. J’attends donc, sans stress (ni énervement…je m’étonnais de flegme).

Allongé sur mon siège rabattu, 20 minutes se sont écoulées (je suppose, car sans batterie, sans téléphone et sans montre, je n’avais aucune notion du temps).

Dans mon rétroviseur je vois des phares éclairer l’entrée de l’aire d’autoroute. Je supposais que le dépanneur arrivait. Je vois de très loin qu’il ne s’agit pas du tout d’un camion (un dépanneur ça possède un gyrophare orange) mais d’une voiture. Une voiture quelconque m’aurait suffit, un break avec des skis sur les barres de toit…mais non, il s’agissait, à ce moment là, comble de malchance, ce que je ne voulais pas voir : une putain de golf III rabaissée avec des jantes alus de naze très brillantes (et d’une esthétique pitoyable dénotant qu’un propriétaire stupide était surement au volant). LA voiture favorite de la racaille débile. LA voiture que toute racaille débile au RMI se paye. Vitres teintées, je ne distingue pas le nombre de passager, je ne pense pas non plus à retenir la plaque d’immatriculation.

En mode survie je réfléchi à ce que je possède dans ma voiture pour m’armer. J’avais mon sac de golf mais je n’y avais pas pensé sur le coup (débile). Ma lacrymo, je l’avais jetée il y a bien longtemps, je ne suis pas en danger si souvent dans la vie, à vrai dire, jamais. Mon couteau, il est dans mes affaires de déménagement, puis je ne sais pas me servir d’un couteau sauf pour couper les légumes. Je n’ai rien si ce n’est moi-même. Je fais donc ce que j’ai à faire, ce qui me semble le plus logique, montrer qui je suis. Je sors, épaules au plus large, clope à la main et poings fermés dans les poches, pied d’appui arrimé au sol, à l’équilibre, histoire d’être le premier à dégommer, le premier, le plus rapide et le plus fort que je puisse faire (c’était mon unique chance de survie, attaquer le premier).

La Golf III reste moteur allumé pendant une minute, à 5 mètres de moi…et personne n’en sort. Mais qu’est ce qu’il se passe ? Qu’est ce qu’ils foutent ? Je ne le sens pas, je le sens même très mal. Je serre les dents, je me prépare. La portière passager s’ouvre, un humain en sort. Un genre big foot du nord, un blanc, grand et gros, 1m90 130-140 kg, t-shirt blanc et bas de survet Nike. Pas un mot, il marche vers moi, il a refermé la porte de la voiture, le conducteur est toujours à l’intérieur, la golf III démarre et s’en va… (!)

Pourquoi un mec se fait déposer ici ? Il va faire quoi ? Une autoroute, c’est à sens unique, qui va le rejoindre ? J’imaginais un vieux coup de pute, avec une deuxième équipe venir après un appel (ce qui me laissait un peu de temps) mais qui laissait le temps à Hulk Hogan picard de me défoncer la gueule. Il était à 5 mètres, distance parcourue par lui-même en silence durant laquelle je remettais en place les bases du combat de survie, combat inégal, surtout contre un gros. Miser sur l’agilité et la vitesse, viser fort les parties les plus douloureuses (genoux, couilles, gorge, yeux, nez) et n’avoir strictement aucune pitié. Habituellement, dans ce genre de situation, j’ai l’adrénaline déjà dans le sang…ici je n’avais pas encore reçu ma décharge, mon cœur battait à la normale, aucun tremblement…le stress était uniquement conceptuel, toujours pas physique…même mon corps m’abandonne.

Hulk hogan sans cheveux s’approche.

« Qu’est ce qu’il t’arrive ? »
(Il a un accent du coin, savoyard au grand maximum)
« J’ai plus de batterie, j’attends le dépanneur, il arrive. »

J’attends le dépanneur était une information à son attention: Ne fait pas le con mec, il y aura un témoin d’ici peu de temps.

« Ha merde, c’est chiant ca. Moi, ma femme vient de me larguer. »
« Hein ? »

La situation devenait d’un coup beaucoup moins dangereuse, a priori, mais je restais méfiant…les mensonges des gens stupides ou des voleurs sont souvent surréalistes. Ici, son explication l’était aussi, surréaliste. Sa femme le largue ici…j’avais du mal à laisser ma confiance prendre le dessus.

« Ici ? En pleine autoroute ? »

« Ouai. »

« Mais c’est une salope…Ça se fait pas…Tu vas rentrer comment ? »

« Je vais faire du stop. »

« Sur l’autoroute ? T’es sur de ton coup là ? »

« Ouai, je vais me caler sur la sortie là bas. »

« Non, mais sérieusement, ta femme te laisse ici ? Sur une aire d’autoroute, sans papiers, sans clopes (il avait une vielle clope tordue), en t-shirt par 3 degrés ? »

« On s’en engueulés, elle m’a dit : Va pisser, va boire, moi, je pars. »

« Putain, c’est dingue ca !»

J’pensais pas qu’elle partirait a-t-il marmonné…la salope, elle bluffait pas.

« T’as des gosses avec elle ? Tu tiens à elle ? Parce qu’abandonner quelqu’un au beau milieu de nulle part sans aucun moyen de survie (tu risques même la mort en t-shirt), c’est criminel…Faut absolument que tu largues cette conne. C’est un danger…Ce qu’elle vient de faire est inacceptable…elle aurait pu te laisser au péage…au moins…Tu ferais ça toi ? A quelqu’un ? »

« Non. »

« Moi non plus. Vire-là, si elle est capable de ça, elle est capable de bien pire. »

« Oui, t’as raison. »

Dé-stress complet. Il ne pouvait pas mentir aussi bien, même si son histoire me paraissait invraisemblable, je n’étais plus trop étonné de l’incorrection et de la cruauté de certaines femmes. Les femmes étaient bien plus douées dans la destruction, bien plus imaginatives dans la vengeance, bien plus violentes et perfectionnistes dans leur volonté de faire mal. Une certaine puissance de la cruauté les détermine. J’en avais fais les frais, trois ans auparavant…J’en observais la confirmation souvent…Ce soir là également.

« Tu veux une clope l’ami ? Je m’appelle Nedjil »

« Merci. Moi c’est Stéphan. Je suis d’Aubenas à la base, j’allais sur Chambéry là. »

« Je t’aurais volontiers ramené, mais je n’ai qu’une bagnole non-roulante. »

« S’tu veux, je la pousse, on tente de la démarrer. »

« T’as vu le bateau ? Elle fait deux tonnes…c’est un diesel, je doute. »

« Ouai bon, j’fais 130 kg t’as vu, on peut tester. »

« Ouai, j’ai vu ca…bon, on va essayer. »

C’est en remettant la clef que j’ai pu voir qu’un minimum d’énergie restait dans la batterie…je tente le démarrage…et c’est reparti ! « Vas-y grimpe mec ! On va tenter de rentrer. ». Cents mètres plus loin, le moteur s’arrête.

« Bon, ben, on s’est déjà un peu plus prés de Grenoble, non ? »

Je bloque dorénavant la sortie de l’aire d’autoroute. Je laisse s’échapper un soupir sans émotion, un « pffff » flegmatique et nonchalant, connotant une certaine forme de lassitude et d’habitude à la galère…plus rien ne m’étonne. Le dépanneur arrive. Sans enthousiasme (je voyais par anticipation mon découvert bancaire se créer) j’accueille le sauveur technique et son véhicule étrange, clignotant, coloré, bruyant.

« Ha ouai, c’est l’alternateur là, c’est sur. »

Les garagistes, comme les dentistes, ça ment, ça ment tout le temps, ça ment pour du pognon. Je pose donc les questions qui me semblent judicieuses pour l’obliger à argumenter et me convaincre de son analyse si succincte.

« Vous avez une batterie à me vendre ? »

« Oui, c’est 100 euros ».

« Bon, ca, je m’en fous…Vous pensez que je peux faire combien de kilomètres avec une batterie sans alternateur ? En considérant qu’elle est chargée… »

« Une batterie…Boaf 200-300 kilometres, pas plus. »

« C’est loin Grenoble ? »

« 40 km. »

Au moment ou mister sauveur s’en allait chercher la batterie (en réalité , à commencer par vérifier qu’il avait le bon modèle, il n’était même pas certain de sa promesse), Hulk Hogan de Chambéry, toujours en t-shirt (je lui avais fait l’offrande d’un vieux pull…il l’a refusé), me chuchote : « Ouai, j’crois qu’il veut te niquer celui là. »

« Ouai, comme tout les garagistes de toutes façons ».

« J’ai une batterie du bon modèle ! »

« Il n’y a pas d’autres alternative ? Vous pouvez pas la remorquer jusqu’à Grenoble ? »

« Je la remorque mais je l’emmène à St Marcellin »

« St Marcellin ? Et je deviens quoi, moi, à St Marcellin ? J’sais même pas ou c’est moi, St Marcellin…je connais le fromage, c’est tout »

« Ha bien, ca, c’est à vous de vous débrouiller. »

« Mais je vais pas dormir dehors à St Marcellin ! »

« C’est tout ce que je peux vous proposer »

Evaluation de deux situations à risques : 1. Prendre la route et prier le dieu des athées que la batterie tienne les 40 km. 2. Aller à St Marcellin et dormir potentiellement dehors.

Bon, va pour la batterie !

« Stephan, je te ramene sur Grenoble ? Tu feras du stop là bas. »

« Tu peux pas me poser à l’embranchement sur Chambery ? »

« Vu la situation, je peux faire aucun arret, mais tu auras plus de chance de faire du stop à Grenoble que sur l’autoroute »

« Non, c’est bon, ca ira, j’vais faire du stop ici »

« Nan, serieux ! Mais vas y, grimpe ! »

« Non, t’inquiete ! Désolé, j’ai pas de fric à te filer ou quoi »

« Du fric pour quoi ? »

« pour la batterie tout ca »

« Mais t’hallucines ! T’es beaucoup trop gentil mon gars ! »

« Bon, en tout cas, si tu passe à Aubenas, je taffe au magasin xxx, Tu demandes Stephan, on s’boira un coup »

« no problemo »

De cette impression de mort imminente et du massacre du Nedjil esseulé et vulnérable, de cette confrontation avec une masse vivante inconnue constituée de graisse et de muscles impressionnante au centre d’une situation surréaliste, j’ai découvert un mec trop gentil, abusé par sa femme, et capable de donner à un inconnu, donner ce qu’il n’a pas besoin de donner d’ailleurs. Le monde est emplit de bonnes personnes…Maitriser sa méfiance reste encore l’unique moyen de les connaitre…Pauvre Stéphan. Je ne lui ai même pas laissé mon paquet de clopes, j’ai regretté (mais tenaillé par le compte à rebours de la batterie en train de se vider et qui devait, à elle seule, me ramener à Grenoble).

Je ne detaille pas les dernières galères (j’en aurais pour plusieurs paragraphes), mais sans le Moleskine qui suit ma vie, contenu dans mes poches, il y a d’ écrit, entre autres délires (dessins, textes), par un hasard explicable (qui n’en est pas un pour le coup), le numéro de mes amis, sinon, j’aurais dormi dehors. J’ai conduis le danger motorisé jusqu’à l’hotel. L’accueil, plein de désolation, m’explique que ma nuit est vouée au sommeil sans domicile. Bien heureusement, dans ce fameux Moleskine, j’avais noté les numéros de quelques grenoblois.

Marki (ou Markette, de son véritable prénom Marc) est venu me sauver.
Épilogue:

Le 19 mars 2011 le succube, responsable, en grande partie, de ce texte, fête son anniversaire.

Ce jour là, par le plus grand des hasards, je suis aussi officiellement de retour à Grenoble (date de fin de location de l’hôtel).

Le succube m’ayant fait quitter ce lieu, mes amis et “mon début de vie”.

Je suis donc Grenoblois, comme trois ans auparavant.

Je suis à découvert, comme trois ans auparavant

Je suis seul et triste, mais plein d’espérance, comme trois ans auparavant.

J’ai, seulement,

Perdu trois ans.

– Jusqu’ici

J’ai relié point à point les étapes. Je voulais crayonner quelque chose car tout cet ensemble de singularités donnaient une bonne idée du final perceptible.
Il fallait être stupide pour ne pas l’apercevoir,vraiment.
Il fallait être suicidaire pour pousser le vice jusqu’à sa matérialisation numérique et scripturale.

J’entrevoyais pourtant clairement le dessin final.
Des numéros, des points, des lignes et un dessin.
Des envies, des rêves, le résultat, des déceptions et j’ajoute : un dessein.
L’idée simple d’avoir fourni le premier effort.

Simplement vouloir expliquer sa fatigue, puis…
Déterminer posément l’idée morbide que les suivantes ne seront que d’avantages d’efforts.
Elles seront plus mortelles encore, plus mortelles que moi.

J’avais un but, hélas, aucun objectif.

Je peux emmètre des « jadis », je dois faire avec le « hé bien ».
J’ai une situation…il parait.
Il semblerait.

Si je dois parler, c’est de moi (de moi qui dit « qui »…)
(et personne d’autre ne le fera )

Si je dois me taire je suis.
(facile d’être « autre », facile).
Je me tais donc je suis.

La fiotte ultime: Vouloir mourir en restant vivant et revendiquer l’un ou l’autre, selon le public.

Mais je veux être la vision du bas, de l’accomplissement visible mais humble, je veux pouvoir voir.

Je veux me dire: « au dessus, je peux faire la mise au point, tout est net, car j’ai fais plus vite que moi-même »
Je navigue dans la pitoyable perte de soi, la spirale de l’échec avec la sensation de devenir meilleur, dans la gravité positive, — j’éternue sans fin — dans l’invisible…je vais au plus loin, au large, je côtoie ce qui est au plus prés, je me perd , l’impression de me trouver est une carotte, je suis l’âne qui fixe le bâton, je détruis, je me détruis, je me laisse facilement détruire, je le sais, je dois en tirer une énergie, et tant mieux.

Jusqu’ici je n’ai rien fais.

Jusqu’ici,

Je suis seulement.

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