Partie 1 : Dernière ligne courbe
« S’installer dans une impasse et revenir de loin » (Lucio Bukovski)
Je suis muté finalement. Ces trois années aixoises ne furent que le parcours lent du chemin bosselé au gradient faible vers la reconstruction de l’édifice psychologique et financier à élever sur des fondations pourries, vestiges d’un 11 septembre sentimental. Attendant patiemment qu’une mutation salutaire puisse un jour se présenter au terme de cette promenade parcourue malgré moi. Ce « malgré moi » est ridicule. J’avais longuement contemplé l’abysse qui m’attendait, feignant d’ignorer par optimisme naïf et fierté débile le vertige naturel qui me caractérise, un auto-mensonge qui se résume facilement ainsi : j’ai agis comme un gros con.
Mon nouveau poste est grenoblois. Il devait l’être. L’espace d’expression de mes compétences d’ingénieur sont circonscrites à une zone géographique extrêmement précise, quelques villes en France : Aix-en-Provence ou Paris ou Grenoble ou Toulouse ou Nice (le reste du monde aussi, mais il ne m’attire pas). En trois ans j’ai établi une petite vérité: toute cité française, n’importe laquelle, est bien meilleure qu’Aix-en-Provence.
Aix, cette horreur structurelle qui revendique indignement le statut de « ville d’art et d’eaux » fut la prison à ciel ouvert de cet égarement, de cette petite mort triennale. De plus, Grenoble compte parmi ses citoyens deux de mes meilleurs amis, ce changement s’avérait donc être un élément du corps des réels à ajouter à l’espace non-prédictible et non-borné des « bonnes nouvelles ».
Lundi débutait mon nouveau travail. Le vendredi qui précédait une amie m’appelle pour venir passer le week-end à proximité de Grenoble, dans les montagnes, à l’air libre, au coin d’une cheminée. J’ajoute aussi à mon portefeuille de postulats d’éléments de simplification organisationnelle: La société pour laquelle je me prostitue compte louer un hôtel pour moi, et ceci pour la durée d’un mois à compter du lundi, ce qui présageait un excellent week-end suivi d’une entrée en matière pour un renouveau professionnel, géographique et social simplifié…une agréable mutation…Je partais donc « guilleret ».
Suite à un Samedi mal organisé, mon départ programmé initialement à 16h fut décalé vers 18h30. Aix-en-Provence-Grenoble, trajet habituel et bien organisé: des bières, de la musique et des clopes. Mon téléphone sonne après une heure trente de route. Mes hôtes se demandent où je peux bien me situer. Je n’ai plus de batterie sur mon téléphone, j’ai seulement la capacité, en terme d’autonomie de batterie du cellulaire, de préciser qu’il me reste 1h30 de distance (ou à 130 km de durée), un retard conséquent donc. N’ayant pas les moyens de charger ce smartphone qui ne possède d’intelligence que son petit nom anglicisé, je continue ma route, privé de moyen de communication moderne (il me restait les signaux de fumée et le porte-voix…à la limite).
Le col précédant la ville de Valence est une zone très froide et très venteuse. Les gouttes de pluie ne sont ni de la neige ni de le l’eau liquide. Confortablement installé dans ma C5 au chauffage poussé à fond, accoudoir, son en bluetooth, mes enceintes crachent du rap lyonnais fraichement découvert au maximum de décibels possibles, assourdi, un petit peu soul, rappant à l’exacte syllabe de mes rappeurs favoris, jubilant d’arriver à accompagner leur lyrics sans bafouer, geste de gansta-rap d’une main tenant la clope, le volant maintenu de l’autre, tout va bien, tout va très bien.
Voici que l’inhumain ordinateur de bord de ma voiture décida d’exprimer quelques communications numériques. Certainement jaloux de ne pas participer à la bonne humeur ambiante, fatigué de n’avoir rien à dire d’autre que l’heure et « fait le plein » ou « met ta ceinture », original, il me sort, sans trembler du cristal liquide : « vérifier charge batterie ». Genre d’originalité dont je me passerais volontiers.
Bon résumons. Je suis un petit peu bourré. Je suis de très bonne humeur. Je suis également hautement diplômé en sciences physiques avec une très bonne formation en électrotechnique. Je réfléchis donc: observations, historique, interpolation des mesures, théories probables, conclusions, observation des conclusions et convergence vers un paradigme.
Observation numéro 1 : Le voltmètre de mesure instantané de tension de la batterie sur mon tableau de bord penche sur le zéro. Pourtant ma voiture fonctionne toujours. Observation (postulat) numéro 2 : Un diesel ne nécessite pas d’énergie électrique pour entretenir le régime moteur. Contradiction au postulat 2 : Les calculateurs sont très sensibles aux variations de tension. Supposant que la batterie sert aussi de régulateur en tension en sortie de l’alternateur. Conclusions (probabilités): Une cosse de la batterie a bougé (très optimiste), les capteurs ont lâchés (optimiste), la courroie d’alternateur a lâché (c’est déjà beaucoup moins cool), l’alternateur a lâché (et là je suis vraiment dans la merde).
Je m’arrête. Je pisse (bière oblige). Je soulève le capot. Les cosses de la batterie sont en place, la courroie est toujours dans son état initial et fournit son travail de transmission d’énergie du moteur à l’alternateur. Perdu au milieu de la Drôme (je crois) je continue ma route pariant (sans convictions) sur une défaillance de capteur ou du calculateur. Je travaille dans le domaine et j’imagine largement les faiblesses intellectuelles des ingénieurs stupides ayant pris en charge les développements des programmes d’avertissement de l’utilisateur final (les ingénieurs, dans l’ensemble, sont des cons…je le sais, j’en suis un).
Vingt minutes passent. Quelques freestyles de rap aussi. Ma voiture est devenue folle. Commençant par communiquer avec moi par quelques menaces très brèves et saccadées mais très agressives Bip ! « Anomalie air bag » Bip ! « Anomalie freinage » Bip ! « Anomalie anti-vol électronique ». Trois alertes en boucles. Le pauvre Nedjil, passablement « biérisé » et de bonne humeur, lit avec stupeur (et tremblements ?) ce que la ferraille motorisée éructe avec un Bip ! à l’introduction de chaque message (une voiture, ca fait « bip » et ca écrit…pas plus).
Nedjil implore donc : « Vas y, fait pas ta pute, c’est pas le moment là….s’il te plait, je suis heureux, pas maintenant ».
Une seule réponse : Bip ! « Anomalie freinage ».
« Sale pute de bagnole de merde ! ».
Puis s’en est suivi un ensemble de comportements flippants. Mes vitres se sont baissées, puis mon autoradio change tout seul de mon rap à France Info, puis au C.D., puis s’éteint et se rallume. Mon compteur de vitesse tombe à zéro, et mes phares s’éteignent (sur une autoroute non-éclairée à 21h), puis se rallument, puis mon éclairage intérieur s’allume, puis s’éteint, et clignote…Ma voiture est possédée.
Une aire d’arrêt d’autoroute se présente. J’y pénètre au volant de ce char électriquement affolé. J’éteins le moteur. Ce n’était pas l’aire d’autoroute paisible avec un Total, du café, des livres, des clopes, d’autres humains et des chiottes…non, c’était la version d’été, la pourrie, celle avec des chiottes, de l’eau et….c’est tout. Seul, au beau milieu de nulle part, je retourne à ma voiture, clef à la main, tremblant d’imaginer la suite (qui allait bien évidemment arriver).
La voiture ne démarre pas. Il ne se passe rien. Je suis seul, sans téléphone, sans chauffage, au milieu de la Drôme (ou de l’Isère, je ne sais même pas), avec un tas de ferraille au bout d’une clef de contact, il fait 3 degrés.
La borne d’appels d’urgence est à proximité, je vais user pour la première fois de ma vie de cette infrastructure de communication, sans aucun remords d’ailleurs, considérant que les centaines d’euros dépensés pour ces autoroutes jusqu’à présent étaient aussi vouées à financer ce service.
-« Oui, bonsoir m’sieu, je suis en panne sur l’aire xxx, je n’ai plus de batterie »
-« Ok, vous avez quoi comme voiture ? »
-« Un 2.0L hdi, Citroën, il me faut une batterie ».
-« Je vous envoie quelqu’un, rien ne dit qu’il aura une batterie »
-« Ce serait bien cool quand même, qu’il en ait une »
-« Enfin, attendez ¾ d’heure il est en intervention »
-« ¾ d’heure !!? Bon, ok, merci m’sieu, bonne soirée à vous ».
Bon, tout seul, dans un endroit vide, avec une voiture remplie de richesses matérielles (ordinateurs et autres éléments trop chers et cibles du recel), je me sentais largement vulnérable. Je pariais tout de même, statistiquement, sur le fait qu’il n’y avait que peu de chance que la moindre raclure de voleur ne vienne me rejoindre dans ce lieu précis à ce moment précis. J’attends donc, sans stress (ni énervement…je m’étonnais de flegme).
Allongé sur mon siège rabattu, 20 minutes se sont écoulées (je suppose, car sans batterie, sans téléphone et sans montre, je n’avais aucune notion du temps).
Dans mon rétroviseur je vois des phares éclairer l’entrée de l’aire d’autoroute. Je supposais que le dépanneur arrivait. Je vois de très loin qu’il ne s’agit pas du tout d’un camion (un dépanneur ça possède un gyrophare orange) mais d’une voiture. Une voiture quelconque m’aurait suffit, un break avec des skis sur les barres de toit…mais non, il s’agissait, à ce moment là, comble de malchance, ce que je ne voulais pas voir : une putain de golf III rabaissée avec des jantes alus de naze très brillantes (et d’une esthétique pitoyable dénotant qu’un propriétaire stupide était surement au volant). LA voiture favorite de la racaille débile. LA voiture que toute racaille débile au RMI se paye. Vitres teintées, je ne distingue pas le nombre de passager, je ne pense pas non plus à retenir la plaque d’immatriculation.
En mode survie je réfléchi à ce que je possède dans ma voiture pour m’armer. J’avais mon sac de golf mais je n’y avais pas pensé sur le coup (débile). Ma lacrymo, je l’avais jetée il y a bien longtemps, je ne suis pas en danger si souvent dans la vie, à vrai dire, jamais. Mon couteau, il est dans mes affaires de déménagement, puis je ne sais pas me servir d’un couteau sauf pour couper les légumes. Je n’ai rien si ce n’est moi-même. Je fais donc ce que j’ai à faire, ce qui me semble le plus logique, montrer qui je suis. Je sors, épaules au plus large, clope à la main et poings fermés dans les poches, pied d’appui arrimé au sol, à l’équilibre, histoire d’être le premier à dégommer, le premier, le plus rapide et le plus fort que je puisse faire (c’était mon unique chance de survie, attaquer le premier).
La Golf III reste moteur allumé pendant une minute, à 5 mètres de moi…et personne n’en sort. Mais qu’est ce qu’il se passe ? Qu’est ce qu’ils foutent ? Je ne le sens pas, je le sens même très mal. Je serre les dents, je me prépare. La portière passager s’ouvre, un humain en sort. Un genre big foot du nord, un blanc, grand et gros, 1m90 130-140 kg, t-shirt blanc et bas de survet Nike. Pas un mot, il marche vers moi, il a refermé la porte de la voiture, le conducteur est toujours à l’intérieur, la golf III démarre et s’en va… (!)
Pourquoi un mec se fait déposer ici ? Il va faire quoi ? Une autoroute, c’est à sens unique, qui va le rejoindre ? J’imaginais un vieux coup de pute, avec une deuxième équipe venir après un appel (ce qui me laissait un peu de temps) mais qui laissait le temps à Hulk Hogan picard de me défoncer la gueule. Il était à 5 mètres, distance parcourue par lui-même en silence durant laquelle je remettais en place les bases du combat de survie, combat inégal, surtout contre un gros. Miser sur l’agilité et la vitesse, viser fort les parties les plus douloureuses (genoux, couilles, gorge, yeux, nez) et n’avoir strictement aucune pitié. Habituellement, dans ce genre de situation, j’ai l’adrénaline déjà dans le sang…ici je n’avais pas encore reçu ma décharge, mon cœur battait à la normale, aucun tremblement…le stress était uniquement conceptuel, toujours pas physique…même mon corps m’abandonne.
Hulk hogan sans cheveux s’approche.
« Qu’est ce qu’il t’arrive ? »
(Il a un accent du coin, savoyard au grand maximum)
« J’ai plus de batterie, j’attends le dépanneur, il arrive. »
J’attends le dépanneur était une information à son attention: Ne fait pas le con mec, il y aura un témoin d’ici peu de temps.
« Ha merde, c’est chiant ca. Moi, ma femme vient de me larguer. »
« Hein ? »
La situation devenait d’un coup beaucoup moins dangereuse, a priori, mais je restais méfiant…les mensonges des gens stupides ou des voleurs sont souvent surréalistes. Ici, son explication l’était aussi, surréaliste. Sa femme le largue ici…j’avais du mal à laisser ma confiance prendre le dessus.
« Ici ? En pleine autoroute ? »
« Ouai. »
« Mais c’est une salope…Ça se fait pas…Tu vas rentrer comment ? »
« Je vais faire du stop. »
« Sur l’autoroute ? T’es sur de ton coup là ? »
« Ouai, je vais me caler sur la sortie là bas. »
« Non, mais sérieusement, ta femme te laisse ici ? Sur une aire d’autoroute, sans papiers, sans clopes (il avait une vielle clope tordue), en t-shirt par 3 degrés ? »
« On s’en engueulés, elle m’a dit : Va pisser, va boire, moi, je pars. »
« Putain, c’est dingue ca !»
J’pensais pas qu’elle partirait a-t-il marmonné…la salope, elle bluffait pas.
« T’as des gosses avec elle ? Tu tiens à elle ? Parce qu’abandonner quelqu’un au beau milieu de nulle part sans aucun moyen de survie (tu risques même la mort en t-shirt), c’est criminel…Faut absolument que tu largues cette conne. C’est un danger…Ce qu’elle vient de faire est inacceptable…elle aurait pu te laisser au péage…au moins…Tu ferais ça toi ? A quelqu’un ? »
« Non. »
« Moi non plus. Vire-là, si elle est capable de ça, elle est capable de bien pire. »
« Oui, t’as raison. »
Dé-stress complet. Il ne pouvait pas mentir aussi bien, même si son histoire me paraissait invraisemblable, je n’étais plus trop étonné de l’incorrection et de la cruauté de certaines femmes. Les femmes étaient bien plus douées dans la destruction, bien plus imaginatives dans la vengeance, bien plus violentes et perfectionnistes dans leur volonté de faire mal. Une certaine puissance de la cruauté les détermine. J’en avais fais les frais, trois ans auparavant…J’en observais la confirmation souvent…Ce soir là également.
« Tu veux une clope l’ami ? Je m’appelle Nedjil »
« Merci. Moi c’est Stéphan. Je suis d’Aubenas à la base, j’allais sur Chambéry là. »
« Je t’aurais volontiers ramené, mais je n’ai qu’une bagnole non-roulante. »
« S’tu veux, je la pousse, on tente de la démarrer. »
« T’as vu le bateau ? Elle fait deux tonnes…c’est un diesel, je doute. »
« Ouai bon, j’fais 130 kg t’as vu, on peut tester. »
« Ouai, j’ai vu ca…bon, on va essayer. »
C’est en remettant la clef que j’ai pu voir qu’un minimum d’énergie restait dans la batterie…je tente le démarrage…et c’est reparti ! « Vas-y grimpe mec ! On va tenter de rentrer. ». Cents mètres plus loin, le moteur s’arrête.
« Bon, ben, on s’est déjà un peu plus prés de Grenoble, non ? »
Je bloque dorénavant la sortie de l’aire d’autoroute. Je laisse s’échapper un soupir sans émotion, un « pffff » flegmatique et nonchalant, connotant une certaine forme de lassitude et d’habitude à la galère…plus rien ne m’étonne. Le dépanneur arrive. Sans enthousiasme (je voyais par anticipation mon découvert bancaire se créer) j’accueille le sauveur technique et son véhicule étrange, clignotant, coloré, bruyant.
« Ha ouai, c’est l’alternateur là, c’est sur. »
Les garagistes, comme les dentistes, ça ment, ça ment tout le temps, ça ment pour du pognon. Je pose donc les questions qui me semblent judicieuses pour l’obliger à argumenter et me convaincre de son analyse si succincte.
« Vous avez une batterie à me vendre ? »
« Oui, c’est 100 euros ».
« Bon, ca, je m’en fous…Vous pensez que je peux faire combien de kilomètres avec une batterie sans alternateur ? En considérant qu’elle est chargée… »
« Une batterie…Boaf 200-300 kilometres, pas plus. »
« C’est loin Grenoble ? »
« 40 km. »
Au moment ou mister sauveur s’en allait chercher la batterie (en réalité , à commencer par vérifier qu’il avait le bon modèle, il n’était même pas certain de sa promesse), Hulk Hogan de Chambéry, toujours en t-shirt (je lui avais fait l’offrande d’un vieux pull…il l’a refusé), me chuchote : « Ouai, j’crois qu’il veut te niquer celui là. »
« Ouai, comme tout les garagistes de toutes façons ».
« J’ai une batterie du bon modèle ! »
« Il n’y a pas d’autres alternative ? Vous pouvez pas la remorquer jusqu’à Grenoble ? »
« Je la remorque mais je l’emmène à St Marcellin »
« St Marcellin ? Et je deviens quoi, moi, à St Marcellin ? J’sais même pas ou c’est moi, St Marcellin…je connais le fromage, c’est tout »
« Ha bien, ca, c’est à vous de vous débrouiller. »
« Mais je vais pas dormir dehors à St Marcellin ! »
« C’est tout ce que je peux vous proposer »
Evaluation de deux situations à risques : 1. Prendre la route et prier le dieu des athées que la batterie tienne les 40 km. 2. Aller à St Marcellin et dormir potentiellement dehors.
Bon, va pour la batterie !
« Stephan, je te ramene sur Grenoble ? Tu feras du stop là bas. »
« Tu peux pas me poser à l’embranchement sur Chambery ? »
« Vu la situation, je peux faire aucun arret, mais tu auras plus de chance de faire du stop à Grenoble que sur l’autoroute »
« Non, c’est bon, ca ira, j’vais faire du stop ici »
« Nan, serieux ! Mais vas y, grimpe ! »
« Non, t’inquiete ! Désolé, j’ai pas de fric à te filer ou quoi »
« Du fric pour quoi ? »
« pour la batterie tout ca »
« Mais t’hallucines ! T’es beaucoup trop gentil mon gars ! »
« Bon, en tout cas, si tu passe à Aubenas, je taffe au magasin xxx, Tu demandes Stephan, on s’boira un coup »
« no problemo »
De cette impression de mort imminente et du massacre du Nedjil esseulé et vulnérable, de cette confrontation avec une masse vivante inconnue constituée de graisse et de muscles impressionnante au centre d’une situation surréaliste, j’ai découvert un mec trop gentil, abusé par sa femme, et capable de donner à un inconnu, donner ce qu’il n’a pas besoin de donner d’ailleurs. Le monde est emplit de bonnes personnes…Maitriser sa méfiance reste encore l’unique moyen de les connaitre…Pauvre Stéphan. Je ne lui ai même pas laissé mon paquet de clopes, j’ai regretté (mais tenaillé par le compte à rebours de la batterie en train de se vider et qui devait, à elle seule, me ramener à Grenoble).
Je ne detaille pas les dernières galères (j’en aurais pour plusieurs paragraphes), mais sans le Moleskine qui suit ma vie, contenu dans mes poches, il y a d’ écrit, entre autres délires (dessins, textes), par un hasard explicable (qui n’en est pas un pour le coup), le numéro de mes amis, sinon, j’aurais dormi dehors. J’ai conduis le danger motorisé jusqu’à l’hotel. L’accueil, plein de désolation, m’explique que ma nuit est vouée au sommeil sans domicile. Bien heureusement, dans ce fameux Moleskine, j’avais noté les numéros de quelques grenoblois.
Marki (ou Markette, de son véritable prénom Marc) est venu me sauver.
Épilogue:
Le 19 mars 2011 le succube, responsable, en grande partie, de ce texte, fête son anniversaire.
Ce jour là, par le plus grand des hasards, je suis aussi officiellement de retour à Grenoble (date de fin de location de l’hôtel).
Le succube m’ayant fait quitter ce lieu, mes amis et “mon début de vie”.
Je suis donc Grenoblois, comme trois ans auparavant.
Je suis à découvert, comme trois ans auparavant
Je suis seul et triste, mais plein d’espérance, comme trois ans auparavant.
J’ai, seulement,
Perdu trois ans.